Non, le mal au dos des soignants
n'est pas une fatalité.
Article paru dans la revue de l'Aide Soignante, Avril 1999
Toutes les institutions de soins organisent depuis une vingtaine
d'années, avec des réussites très variables, des formations
dites de "manutention des malades", afin de permettre
aux personnels soignants de se protéger de ce qui est devenu
un véritable fléau au travail : le mal de dos.
Mais si la manutention des malades n'est qu'un outil qui
ne vise que l'amélioration du confort des soignants, nous
pouvons alors parler de grutage des malades. Il vaut
mieux alors ne pas en faire. La manutention relationnelle
n'est qu'un outil de soin qui, par sa richesse, favorise la
rencontre entre les soignants et les personnes soignées..
Les principaux textes en vigueur
Les indications du code du travail
- Article R231-66 (Décret n° 92-958 du 3 septembre
1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994)
Les dispositions de la présente section s'appliquent à
toutes les manutentions dites manuelles comportant
des risques, notamment dorso-lombaires, pour les travailleurs
en raison des caractéristiques de la charge ou des conditions ergonomiques défavorables. On entend par manutention manuelle toute opération de transport ou de soutien d'une charge, dont le levage, la pose, la poussée, la traction, le port ou le déplacement, qui exige l'effort physique d'un ou de plusieurs travailleurs.
- Article R231-67 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994)
L'employeur doit prendre les mesures d'organisation appropriées ou utiliser les moyens adéquats, et notamment les équipements mécaniques, afin d'éviter le recours à la manutention manuelle de charges par les travailleurs. Toutefois, lorsque la nécessité d'une manutention manuelle de charges ne peut être évitée, notamment en raison de la configuration des lieux où cette manutention est effectuée, l'employeur doit prendre les mesures d'organisation appropriées ou mettre à la disposition des travailleurs les moyens adaptés, si nécessaire en combinant leurs effets, de façon à limiter l'effort physique et à réduire le risque encouru lors de cette opération.
- (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994)
Pour la mise en oeuvre des principes généraux de prévention définis à l'article L. 230-2 et sans préjudice des autres dispositions du présent code, lorsque la manutention manuelle ne peut pas être évitée, l'employeur doit : 1° Evaluer, si possible préalablement, les risques que font encourir les opérations de manutention pour la sécurité et la santé des travailleurs ; 2° Organiser les postes de travail de façon à éviter ou à réduire les risques, notamment dorso-lombaires, en mettant en particulier à la disposition des travailleurs des aides mécaniques ou, à défaut de pouvoir les mettre en oeuvre, les accessoires de préhension propres à rendre leur tâche plus sûre et moins pénible.
-Article R234-6 (Décret n° 75-753 du 5 août 1975 Journal Officiel du 15 août 1975) Les jeunes travailleurs de moins de dix-huit ans et les femmes employés dans les établissements mentionnés à l'article précédent ne peuvent porter, traîner ou pousser tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ceux-ci des charges d'un poids supérieur aux poids suivants :
Personnel féminin de dix-huit ans et plus : 25 kg.
Article R231-72 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9
septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993)(Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994) Lorsque le recours à la manutention manuelle est inévitable et que les aides mécaniques prévues au 2° du premier alinéa de l'article R. 231-68 ne peuvent pas être mises en oeuvre, un travailleur ne peut être admis à porter d'une façon habituelle des charges supérieures à 55 kilogrammes qu'à condition d'y avoir été reconnu apte par le médecin du travail, sans que ces charges puissent être supérieures à 105 kilogrammes.
---- Article R231-71 (Décret n° 92-958 du 3 septembre 1992 art. 1 Journal Officiel du 9 septembre 1992 en vigueur le 1er janvier 1993) (Décret n° 94-352 du 4 mai 1994 art. 1 i Journal Officiel du 6 mai 1994) Sans préjudice des dispositions de l'article L. 231-3-1 et des décrets pris pour son application, l'employeur doit faire bénéficier les travailleurs dont l'activité comporte des manutentions manuelles :
1° D'une information sur les risques qu'ils encourent lorsque les activités ne sont pas exécutées d'une manière techniquement correcte, en tenant compte des critères d'évaluation définis par l'arrêté prévu à l'article R. 231-68 ;
2° D'une formation adéquate à la sécurité relative à l'exécution de ces opérations ; au cours de cette formation, qui doit être essentiellement à caractère pratique, les travailleurs sont instruits sur les gestes et postures à adopter pour réaliser en sécurité les manutentions manuelles.
Rappelons aussi quelques statistiques:
- 62% des soignantes de plus de 49 ans disent souffrir du dos,
- 74 % des soignants se plaignent aussi de douleurs chroniques ou aiguës
- Plus de 80% des accidents de dos arrivent au cours de soins où le soignant est seul avec le malade.
- Un patient pèse en moyenne 65 kilos, il est donc souvent une "charge" lourde.
L'organisation des soins et le travail sur la notion d'équipe sont donc des facteurs essentiels de la protection des soignants, afin d'éviter le travail "seul" avec des patients difficiles.
Le malade est sans doute la "charge" la plus difficile à "remuer": "Sans angle, sans poignée, souvent déformable, aux réactions imprévisibles, il ne faut en aucun cas le lâcher".(Professeur Debras).
D'ou proviennent les accidents du travail:
L'accident du travail provient d'une inadaptation entre la charge de travail et les capacités physiques de l'homme. Plus la charge augmente, plus l'angle "a" de la pente de risque augmente d'angle, et plus le risque d'accident du travail est grand
L'ergonomie (l'adaptation des postes de travail, l'équipement..), en diminuant la charge de travail, réduit l'angle a.
De même, la formation , en augmentant la capacité de l'homme , va diminuer le risque d'accident. L'angle de pente de risque "b", est naturellement plus faible que "a", et "a-b" représente la diminution des accidents de travail obtenue lors de la mise en oeuvre d'une politique de protection des personnels.
Une politique de prévention des accidents du personnel devra, si elle est bien conduite, mener des projets dans 3 directions à la fois:
- La formation pour augmenter les savoirs faire, les capacités physiques des soignants
- L' étude ergonomique suivie d'un plan d'équipement visant à diminuer la charge du travail: lève-malades, lits à hauteur variable, aménagement des salles de bain etc...
- L' organisation du travail tenant compte des données nouvelles (savoirs faire et ergonomie) et mettant en avant le travail en équipe.
Q'un seul de ces 3 points manque et les résultats obtenus peuvent
être bien en dessous des résultats escomptés.
En menant une expérience de formation visant les 3 points,
amélioration des capacités, équipement, et organisation
du travail, nous avons vu le taux des arrêts de maladie pour
mal de dos diminuer de 60 % (CHG Limoux, Aude, 1995-1996)
Le mal de dos n'est donc pas une fatalité, à condition que
l'institution s'en donne les moyens.
Les règles de base du comportement soignant
Tout ce que patient peut faire lui-même va dans le sens
de la conservation et de l'amélioration de sa santé .
L'art de la manutention, c'est l'art de l'éviter
1° principe d'action : Nous n'avons pas le droit de faire
un geste à la place d'un patient, sauf bien sur pour des
raisons psychologiques, médicales ou humaines prioritaires. Tout simplement parce que le mouvement, c'est la vie. Tout ce qui vit bouge. Le mouvement est indispensable à la création et la conservation de la santé. La pénibilité des manutentions dépend directement de la qualité et de l'importance des mobilisations. Les services où le soin est axé sur la verticalistion et l'aide à la marche peuvent voir leur taux de grabataires baisser dans des proportions considérables.
2°principe d'action : Si un patient ne peut faire un mouvement lui-même, le deuxième principe est alors fondamental: nous n'avons pas le droit de toucher quelqu'un sans lui dire avant, et nous devons accompagner tous nos gestes d'une description.
Il faut développer une philosophie des soins : le patient est un client, le patient est une personne (voir la revue du mois de février)
La manutention relève d'une démarche et doit être intégrée à tout les actes de soins manuels (pour éviter le morcellement du malade dans une suite d'actes sans signification réelle, ou la manutention peut aggraver son état au lieu de participer à l'amélioration de sa santé).
Les principes de base de la manutention:
Evaluer la situation : La situation dans laquelle se trouve le patient doit toujours être évaluée avant de commencer une manutention: Le lit est-il bloqué, est-il à hauteur variable, le patient est-il sondé ? ...
Pendant le déplacement du malade, la surveillance continue: La perfusion suit-elle, la sonde n'est- elle pas restée accrochée au lit ?...
Une fois la manutention achevée, l'évaluation de la situation continue: le patient ne risque-t-il pas de glisser, peut-il atteindre la sonnette?...
Evaluer le patient : Avant toute action de mobilisation de la personne malade, le soignant doit procéder à une évaluation, 3 temps :
- Le dossier de soin nous indique le parcours du patient, les contre-indications médicales (par exemple le droit à l'appui ou non), et nous fixe le cadre général dans lequel la manutention doit se dérouler.
- Les transmissions nous indiquent les éléments nouveaux qui peuvent modifier la manutention (par exemple le patient est tombé, et crie depuis...)
- L'observation en situation de soin (teint inhabituel, angoisses, plaintes...)
Après évaluation, en tenant compte des éléments nécessaire à la manutention, nous retrouverons 3 catégories de patients, donc de manutentions, et ce tous services confondus:
Les patients autonomes (qui représentent plus de 50% des clients dans un Chg).
Les patients valides (de 35 à 45 %)
Les patients invalides (de 5 à 15%)
Certains services n'accueillent que des patients invalides et d'autres que des valides ou des autonomes.
Cette classification est bien sur spécifique de la manutention, et n'a rien à voir avec d'autre types d'évaluations, comme la grille "Agir".
Le tableau ci dessous présente les cas de manutentions pour un déplacement lit-fauteuil, par exemple, et indique le type de technique à employer